Cinema Vox-Français

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L’inspiration du Rick’s Café Américain dans le film Casablanca

C’est l’une des plus célèbres répliques de l’histoire du cinéma : « Parmi tous les bars de toutes les villes du monde entier, elle entre dans le mien. » Celui qui parle est Rick, le mystérieux propriétaire du café, joué par Humphrey Bogart. Elle, c’est Ilsa, jouée par Ingrid Bergman, qui fuit les Nazis avec son mari et qui tombe par hasard sur son ancien amant qu’elle a connu à Paris alors qu’elle croyait son mari mort. L’année, c’est 1942. Mais la ville ? La réponse évidente est Casablanca, le titre du film, mais comme beaucoup de choses qui paraissent évidentes au départ, la réalité est un peu plus complexe.

Car la ville du film est cosmopolite, pleine d’espions, d’agents doubles, d’aventuriers et de militaires. A cette époque, Casablanca était un port industriel plus concerné par le commerce que par l’espionnage. En revanche, la zone internationale de Tanger, bien qu’occupée par l’Espagne de Franco depuis 1940, continuait de jouer un rôle crucial de point de transit pour les nombreux réfugiés qui fuyaient l’Europe occupée par les Nazis.

Entre 1926 et 1956, année de son indépendance, le Maroc était divisé en trois parties différentes : le Maroc espagnol, le Maroc français et la zone internationale de Tanger. La Zone Internationale était gouvernée par une institution appelée le Comité de Contrôle composé des Consuls de la Grande Bretagne, de la France, de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal, de la Belgique et des Pays Bas.

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La Convention de Tanger de 1923 institua une zone duty-free pour cette région. En août 1945, les Etats Unis et l’Union soviétique obtinrent un siège au Comité, bien que les Soviétiques n’exercèrent jamais leur droit. En 1942, l’année où le film est censé se passer, l’Espagne de Franco avait pris possession de Tanger avec l’accord de l’Allemagne nazie mais dans les faits, la zone resta une zone neutre où les espions côtoyaient les diplomates, les hommes d’affaires les maîtres du marché noir, les militaires et les réfugiés.

La plupart des gens pensent que c’est cette ville internationale qui a été la source d’inspiration du réalisateur du film. Rachid Tafersiti, président de l’association Boughaz qui veille à la préservation du patrimoine de Tanger, écrit dans L’Image de la Ville entre Cinéma et Urbanisme : « Casablanca, réalisé par Michael Curtiz en 1942, a été inspiré par l’atmosphère internationale de Tanger. »

Le jeu par exemple : bien qu’illégal au Maroc comme dans presque tous les pays musulmans, on savait qu’il existait dans divers bouges et boîtes de nuit de Tanger dans les années 1930 et ‘40. A Casablanca, une ville aux mœurs plus strictes et plus guindées, on n’a pas de preuves qu’il ait été ni encouragé ni toléré. Dans le film, le Capitaine Renault n’aurait jamais pu fermer le casino ni récupérer ses gains parce qu’il n’y aurait jamais eu de tables pour faire des paris. Le premier casino reconnu officiellement a finalement été ouvert à Tanger dans les années 1950.

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Il est donc tout à fait clair que la Zone Internationale de Tanger était le cadre idéal pour le film parce que c’est un endroit qui ne ressemble à aucun autre dans le monde. Mais qu’en est-il du bar où l’action principale du film se déroule ? Tout ce qu’on voit du bar au début du film, depuis les tubes de néon qui annoncent le Rick’s Café Américain jusqu’à la table de roulette dans la pièce voisine en passant par les sculptures complexes sur les portes, les sols carrelés, les pots de palmiers, les arcades, les paravents mobiles, les lustres et le piano qui joue dans un coin, est dû à l’imagination d’un décorateur de Hollywood.

L’ancienne diplomate américaine, Kathy Kriger, qui a récemment reproduit le décor du Rick’s Café dans une résidence située entre la Médina et le front de mer de Casablanca reconnaît que sa maison est une reproduction. Pourtant, dans son livre Rick’s Café elle ne donne pas d’information sur un autre lieu qui aurait pu inspirer les scénaristes. La raison pourrait bien être que leur source d’inspiration se trouvait à 333 kilomètres plus au nord dans la même ville que celle qui avait donné son ambiance au film. Tanger offre plusieurs sites potentiels. D’abord, le Salon de Thé de Madame Porte qui servait selon l’écrivain Alec Waugh le meilleur Martini gin du monde. Celui-ci cependant a seulement ouvert en 1954, 12 ans après la sortie du film.

Un autre candidat est le Bar du Caïd à l’hôtel Minzah. Le Minzah est l’hôtel de luxe qui existe depuis plus longtemps que les autres et où séjournaient les personnalités importantes en visite. Le Dean’s Bar proche de la Médina, le vieux quartier arabe, a aussi des arguments à offrir. L’écrivain Robin Maugham l’a décrit dans son livre Carnet d’Afrique du Nord publié en 1948.

« Au Dean’s Bar se pressent les faux aristos, les banquiers louches, les journalistes éméchés, les hommes d’affaires juifs sérieux, les jeunes diplomates, les espions à l’aura attirante, les jeunes femmes françaises et marocaines à la silhouette élancée, les soi-disant Colonels anglais et leurs amis, les agents étrangers : une collection haute en couleurs de faux et d’authentique, de cruauté et de gentillesse qui forme la société internationale de Tanger. »

Selon le couple à l’origine de la pièce tout le monde va chez Rick sur lequel est basé le film, leur propre modèle pour le bar se trouve dans le sud de la France mais trois autres scénaristes ont retravaillé leur texte, l’ont modifié et mis à jour de façon importante.

Et puis il existe un autre candidat plus convaincant que tous les autres cités précédemment : le bar du cinéma Vox. Le Vox a ouvert ses portes en 1935 et son bar est rapidement devenu célèbre comme le lieu qu’on pouvait visiter loin des yeux inquisiteurs, idéal pour les espions et le milieu du crime. Selon Paul Fairclough, un journaliste du Guardian, l’un des grands journaux anglais, c’est sans aucun doute la source d’inspiration du Rick’s Café du film.

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« Le Vox de Tanger était le plus grand cinéma d’Afrique à l’ouverture en 1935 avec ses 2000 places et son toit rétractable. Comme Tanger se trouvait en territoire espagnol, le bar du cinéma grouillait d’espions, de réfugiés et de voyous assurant ainsi sa place dans l’histoire du cinéma comme la source de l’inspiration du Rick’s Café de Casablanca » a écrit Fairclough dans le Guardian en avril 2011.

Le cinéma Vox est rapidement devenu l’un des plus populaires de Tanger où se retrouvaient les gens du cru et les expatriés. Larbi Yacoubi, acteur et créateur de costumes se rappelle que « Tanger était un nid d’espions. Dans le quartier du Petit Socco, on ne pouvait jamais être certain de l’identité des personnes assises à côté de vous. » En fait, on peut dire que tout le monde allait au Vox, même si on ne pouvait pas être sûr de son identité ou de ses affinités politiques.

« Dans un cinéma comme le Vox, on pouvait louer une loge comme dans un théâtre. Le Vox est muré aujourd’hui. Il se trouvait dans le quartier du Petit Socco, près de l’hôtel Fuentes. On peut encore voir le nom sur le mur. » dit Rachid Tafersiti.

Le bâtiment du Vox ainsi que le bar reproduit sur le modèle du Rick’s Café sera bientôt reconstruit. Un barman va y préparer des gins Martini pour la première fois depuis plus de 50 ans et on pourra entendre un pianiste caresser les touches d’ivoire.

Maintenant que nous avons situé le bar et donné les arguments incontestables en faveur de Tanger, pourquoi la firme Warner n’a-t-elle pas appelé le film Tanger plutôt que Casablanca ? Les raisons sont nombreuses : la première est que le film était une sorte de remake d’un film à succès de 1938 intitulé Alger. Sa vedette, Hedy Lamarr, était prévue au départ pour jouer le rôle d’ Ilsa, rôle qu’Ingrid Bergman a pris totalement à son compte. Avec Lamarr dans le rôle, les producteurs du film ne souhaitaient évidemment pas qu’on compare les deux films.

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Plus important, ils craignaient que si le titre ressemblait trop au premier film, Alger et Tanger, les spectateurs américains pouvaient penser avoir déjà vu le film et ne se déplaceraient pas pour voir le nouveau. Ecrit à l’américaine, Tangiers avec un « s » à la fin, la confusion avec Algiers est encore plus tangible.

Une dernière raison est sans aucun doute incontestable ; pour l’oreille d’un anglophone Casablanca est un mot qui sonne bien. Le nom d’origine de la ville était Anfa, changé en Casa Branca quand les Portugais ont pris le contrôle du territoire. C’est devenu Casablanca seulement quand les Espagnols ont annexé l’empire portugais et les Français ont conservé le nom parce que cela sonnait bien.

Comme le dit Simona Schneider dans La Pensée de Midi, Portrait de la Ville en Images, c’est Tanger qui a inspiré le célèbre film Casablanca mais les producteurs ont décidé de changer le titre parce que cela semblait plus romantique et meilleur pour la publicité.

« Parmi tous les bars de toutes les villes du monde entier, elle entre dans le mien. » dit Rick dans le film. Même si c’était le mauvais bar dans la mauvaise ville.

Le riche patrimoine du cinéma africain

Depuis la Guerre des Boers à l’Electric Cinema de Durban jusqu’au Vox de Tanger pendant la guerre, source d’inspiration pour le Rick’s Café de Casablanca.

Le premier spectacle cinématographique du continent a eu lieu à Johannesburg en Afrique du Sud en 1896 mais le premier cinéma permanent était à Durban.

L’Electric Théâtre a ouvert à Durban en 1909 jouant ce qui était censé être des information sur les opérations des guerrilleros Boers contre les Britanniques mais qui étaient en fait des acteurs filmés à Londres, à Hampstead Heath.

Le Théâtre National du Kenya a ouvert à Nairobi en 1912. Il a présenté en première africaine le film Intolerance, l’épopée de DW Griffith en 1916, quelques mois après l’épidémie de peste dans le pays.

Le premier cinéma d’Ethiopie est arrivé dans les années 1920 avec le Club de l’Union, un bar-dancing célèbre de Addis Abeba, vite connu sous le nom de Saitan Bet, la Maison du Diable. Il est encore en activité et fait partie du complexe Méga Théâtre au nom beaucoup moins poétique. La capitale de l’Erythrée, Asmara, est un trésor cinématographique : sous la domination italienne dans les années 1930, 10 cinémas de style art-déco furent créés en quelques années. Ils portaient des noms tels que Roma ou Croce Rossa. Le petit cinéma intime Dante était déjà là en 1910, le plus vieux d’Asmara et l’un des premiers en Afrique.

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Le Vox de Tanger au Maroc était le plus grand cinéma d’Afrique à son ouverture en 1935 avec ses 2000 places et son toit rétractable. Comme Tanger se trouvait en territoire espagnol, pendant la guerre, le bar du cinéma grouillait d’espions, de réfugiés et de voyous et il a gagné sa place dans l’histoire du cinéma en devenant la source de l’inspiration du Rick’s Café dans le film Casablanca.

Le tout petit cinéma Rex du Ghana, ouvert en 1937, est la seule alternative d’Accra en dehors de son nouveau multiplexe tapageur. Son statut est encore indéterminé, les visiteurs étant aussi susceptibles d’assister à une séance de prières qu’à des danses ou à un film. Le gouvernement du Tchad a dépensé 1.300.000 £ pour restaurer son unique cinéma, le Normandy à Ndjamena qui jusqu’en avril 2011 avait été fermé pendant 20 ans.

Le bâtiment des années 1950 n’est pas le plus ancien d’Afrique ni le plus grand mais il représente bien un signe d’espoir pour le renouveau du patrimoine cinématographique de l’Afrique.

Paul Fairclough

Thursday 2 June 2011 17.24 BST

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Bibliography

Everybody Comes to Dean’s by Francis Poole DT328.1 P6. 2009

Rick’s Café by Kathy Kriger PN1968.K3. 2012

North African Notebook by Robin Maugham DT177. M6. 1949

Ecrire sur le Cinéma Smihi, Moumen 2006 [Tangier], Slaiki Frères, 2006. 1st edition. Series: Idées clandestines

Occident, L. La Petite Illustration, Revue hebdomadaire. N.398- Cinéma: N.13.8 1928 Paris, La Petite Illustration, 1927-1931. Morocco-Cinéma, Serials

Album Cinémathique de Tangier, 2011 edition Institut de l’Ajuntament de Barcelona ISBN 978-84-9850-361-6

La Pensée de Midi 2008/1 (N° 23) Éditeur Actes Sud ISBN 9782742772957

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